18
juin
2012

Cécile Dekeuwer s'exprime dans le Progrès sur le harcèlement sexuel

Visuel d'illustration

Source Le Progrès - article publié le 16 juin 2012 Très peu de femmes victimes de harcèlement sexuel agissent. Saint-Etienne. Cécile Dekeuwer est présidente du club BPW Rhône Alpes. Cette Stéphanoise parle de la nouvelle loi sur le harcèlement sexuel et la difficulté pour les femmes d’aller en justice.

Que pensez-vous du nouveau projet de loi sur le harcèlement sexuel ?

Il est bien que cette question ait été réintroduite rapidement dans le débat après l'abrogation. Je n'ai pas toutes les informations concernant le nouveau texte, mais j'apprécie son esprit d'ouverture. Il doit permettre que les victimes voient leurs demandes facilitées. Dans le texte, la définition est plus précise, plus claire. Ainsi, il prend en compte le harcèlement sans répétition. Les remarques graveleuses sont prises en compte. De même, il n'inclut pas forcément le lien de subordination comme le précédent. Et puis j'aime bien le fait que ça ne soit pas réservé qu'aux femmes.

Certains parlent d'une « usine à gaz » autour de ce projet de loi ?

Je ne peux pas me prononcer là-dessus. Je dirais en tant qu'avocate qu'une définition légale est toujours difficile. Il faut être précis, mais quand on définit trop, on ferme les possibilités, c'est connu. Il faut voir dans l'application.

Pourquoi y a-t-il si peu de jugements ?

Le nombre de dossiers (quatre-vingts environ) est bien en deçà du nombre de victimes annuelles, mais les femmes qui subissent des problèmes de harcèlement sexuel sont dans une situation fragile et isolée. J'ai vu souvent de victimes qui ne voulaient pas se dire victimes. Elles sont très peu nombreuses à agir, plus qu'avant mais ça reste faible.

Pour quelles raisons ?

Il faut accepter le fait d'être victime. On est dans une société où la séduction est importante.

À un moment la séduction n'est plus la séduction. J'ai eu l'exemple d'une femme qui disait « C'est moi qui suis responsable. Je ne peux pas dire qu'il m'a harcelé. Il draguait un peu. Ca me mettait mal à l'aise ».

Et elle a demandé à changer de service. Elle a eu l'étiquette de la fille « qui se fait des films ». C'est un problème culturel dans les pays latins. Le terme harcèlement fait peur, contrairement aux pays anglo-saxons. Et puis, une fois le pas franchi, il reste à apporter la preuve.

C'est souvent « parole contre parole » ?

Oui, au pénal il faut du précis pour condamner. C'est difficile à prouver autrement que par les témoignages et souvent les collègues qui pourraient témoigner ont la crainte d'une répression. Quand il y a plusieurs cas, c'est plus facile.