28
janv
2012

Classe Export : « Les femmes ne sont pas assez présentes dans le monde économique »

Visuel d'illustration

Le bimensuel Classe Export publie dans son numéro de Décembre 2011 / Janvier 2012 un dossier « Les femmes jouent-elles leur rôle à l’international ? » dans lequel est notamment retranscrit une interview de Cécile Dekeuwer, Présidente du club BPW Rhône-Alpes.

«Avocate puis conseil juridique d’entreprises en Corée du sud, j’ai pu constater par mon expérience professionnelle de conseil à l’étranger que l’activité professionnelle des femmes et l’international constituaient deux mondes souvent trop éloignés. La très faible présence de femmes dans les métiers commerciaux et de direction à l’étranger, en dépit de leur talent naturel peu reconnu pour les langues, m’a interpelée. Sachant qu’il est plus difficile pour une femme de donner confiance dans un monde professionnel qu’elle connait bien et dont elle partage la langue et la culture, lorsque ce monde professionnel rencontre un univers étranger où les stéréotypes sur les femmes sont différents et méconnus, la confiance est encore plus difficile à susciter».

«Pour ma part, j’ai eu la chance de rencontrer un avocat qui avait la double culture coréenne et française et qui a fait le choix de me recruter, en sachant pourtant que la culture confucianiste de la Corée pouvait être un frein dans l’exercice professionnel d’une femme. En dépit de cette tare incontournable d’être une femme dans un pays où la suprématie masculine se retrouve à tous les niveaux, j’avais deux autres avantages qui contrebalançaient ce « défaut ». Tout d’abord, le fait d’être occidentale avec un physique de femme blanche créait une certaine prudence à mon égard de par le respect dont jouissent les occidentaux en Corée».

«Ensuite, le fait d’être avocate dans un des plus grands cabinets d’avocats d’Asie, cabinet extrêmement reconnu en Corée, me garantissait un autre respect car la culture confucéenne accorde aussi un grand crédit aux titres professionnels. Pour autant, j’étais extrêmement isolée et mise à l’écart dans les relations professionnelles dans ce pays où l’on sort tard le soir avec ses clients au « Noreabang » (karaoké) et où l’on dîne au travail avec ses collègues masculins. Je dinais aussi sur place à 18h à la cantine du travail, mais bien souvent seule à table, sauf quand un avocat coréen osait venir partager mon « kimchi » (plat traditionnel) et ne prenait en réalité pas trop de risques car il est de mise de ne pas parler pendant le repas».

«De ce fait, j’ai commencé à m’intéresser aux réseaux et à comprendre leur utilité car en Corée, la carrière professionnelle se fait encore beaucoup grâce aux réseaux familiaux puis ceux que l’on se constitue à l’école puis à l’Université et à l’armée. J’ai découvert notamment l’efficacité et le professionnalisme des réseaux d’origine anglo-saxonne».

«D’où mon engagement dans un réseau international de femmes, une ONG du nom de Business & Professional Women qui défend l’égalité professionnelle depuis les années 20’ auprès des Nations- Unies, du Conseil de l’Europe et des instances nationales. J’ai créé l’antenne Rhône-Alpes au printemps 2011 et nous comptons déjà une cinquantaine de femmes adhérentes, de toutes origines, qui recherchent un réseau international pour s’appuyer dessus dans le cadre de leur activité professionnelle. Nous organisons régulièrement des rencontres et conférences sur des thèmes liés à l’égalité professionnelle, pour les femmes salariées, cadres, dirigeantes ou chefs d’entreprise. Toutes les informations se trouvent sur notre site ».

«Mes activités professionnel les de consei l juridique auprès des entreprises à l’international et les actions de BPW auprès de l’ONU me démontrent chaque jour que le problème de la crise en France pourrait trouver une solution pour développer la croissance si la présence des femmes dans le monde économique et notamment dans le commerce international reflétait bien celle des femmes dans la société civile. Goldman Sachs signalait en 2007 que différents pays et régions du monde pourraient augmenter radicalement leur PIB en réduisant simplement l’écart dans les taux d’emploi entre les hommes et les femmes: la Zone euro pourrait augmenter son PIB de 13%; le Japon de 16%; les Etats-Unis de 9%. Il y a là un levier de croissance et d’innovation économique inexploré».

Plus d'informations sur le site de Classe Export

 
 
 

Fichier rattaché

Dossier publié dans Class Export (484.04 Ko)